
par Julie Amadis
8/9/14
"Comme en 1930 en Allemagne,
tous les employés qui refusent d'être des moutons, de fermer leur
gueule, qui ont une éthique, les trop curieux comme c'est le cas de
François dans la bande dessinée seront mis à l'écart."J'écrivais ceci il y a 5 ans.
Cela ressemble à un mode d'emploi de la stratégie du rectorat et de l'inspection académique de Rouen contre moi depuis.
Ce que je vis en ce moment, en septembre 2014, me fait souvent penser
à une BD que j'adore : SOS Bonheur écrite par Jean Van Hamme et Griffo.
J'avais écrit deux articles en 2009 que Yanick Toutain avait publiés sur son blog de l'époque Monsyte sur Blogspot.
Le
lecteur de mes articles récents trouvera facilement les comparaisons
entre ce que vivent les personnes de Van Hamme et mon propre sort. Un
sort qui est celui de millions de pauvres en France actuellement : les
sans dents, les sans travail, les sans domiciles, les sans papiers, les
sans droits.

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Cet article était paru sur le blog
Monsyte de Yanick Toutain
par Julie Amadis
3 janvier 2009
SOS Bonheur
est une suite de 7 BD d' «anticipation» écrites par Jean Van Hamme
(l'auteur de XIII et de Largo Winch) et dessinée par Griffo, alias de
Werner Goelen.
Parue en 1988-89 en trois tomes, elle a été rééditée en un seul volume aux éditions Dupuis-Aire Libre
La plupart de ceux qui ont un emploi sont constamment placés sous la
menace du licenciement. Ce harcèlement est une technique pour imposer la
docilité.

Dans
cet épisode le personnage principal François Mortier, a été embauché -
après 8 mois de chômage - dans une entreprise, "la CAG", Compagnie
d'Analyses Générales .
On lui demande de faire un travail informatique bête et méchant :
noter les différences qu'il pourrait y avoir entre plusieurs listes de
chiffres.
Sa hiérarchie refuse de lui dire ce que représentent ces chiffres à comparer.
François va chercher à en savoir plus sur l'activité de cette
entreprise. La première réponse qui lui sera donnée sera la menace du
chômage.
Notre société use et abuse de cette menace. Plusieurs avaient
d'ailleurs analysé le fait que Mai 68 avait été le déclencheur de cette
nouvelle stratégie bourgeoise : le chômage et la misère.
La logique est simple, le discours cynique :
"On leur donne le plein emploi, de bons salaires et ils
tentent de faire une révolution ! Alors, nous allons les écraser dans la
misère et ceci servira de modèle pour les autres".
Comme en 1930 en Allemagne, tous les employés qui refusent d'être des
moutons, de fermer leur gueule, qui ont une éthique, les trop curieux
comme c'est le cas de François dans la bande dessinée seront mis à
l'écart.
Bref, tous ceux qui sont rebelles ou seraient en passe de le devenir
seront exclus du travail progressivement par divers biais :
licenciement, non renouvellement de contrat ou crainte des employeur qui
préfèrent les répétants.
Ça ne marche pas si mal.
Beaucoup de travailleurs sont de parfaits moutons. Ils perdent peu à peu leur humanité.
La solidarité n'est pas souvent de mise dans le monde du travail.
Si elle existait vraiment, les employeurs ne pourraient se comporter de la sorte.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette absence de solidarité : L'éducation, les écarts de revenus et le colonialisme.
L'EGOISME ET L'EDUCATION
On apprend aux enfants à l'école, dès le plus jeune âge, l'individualisme,.
Cela fait 2 ans et demi que je travaille dans des écoles et collèges
et pour la première fois récemment, alors que je demandais à une «bonne
élève» de 6 ans et demi d'aider ses camarades en difficultés, elle m'a
répondu "c'est ce que je faisais en grande section" (de maternelle).
L'institutrice de cette classe à qui j'ai souhaité parler juste
après, m'a confirmé qu'elle concevait la classe "comme une équipe
sportive".
C'est la première fois en 3 ans et demi que je voyais une enseignante
demander aux enfants de s'entraider (ce que j'ai toujours pratiqué).
L'EGOISME ET LES ECARTS DE REVENUS
- Les différences de revenus entre les salariés amène les employés à
haut salaire à considérer leurs collègues comme inférieurs. J'ai pu voir
dans les établissements scolaires où j'ai travaillé à quel point les
professeurs se foutent comme de l'an quarante du fait que les assistants
d'éducation, pédagogique ou AVS-EVS n'aient pas leur contrat renouvelé
en fin d'année.
Pourtant, dès qu'un des leurs a le moindre petit
problème avec l'administration -avec un élève ou des parents d'élèves -
je dis bien "petit problème", il ne s'agit pas d'une menace de
licenciement comme c'est notre quotidien à nous les précaires -, la caste des enseignants sort les grands moyens : pétitions, grève...
Nous sommes payés de 3 fois à 5 fois moins qu'eux. Donc nous avons 3 à
5 fois moins de valeur qu'eux. Le licenciement d'un professeur (même
s'ils tapent ses élèves) est scandaleux pour ses collègues alors que
celui d'un assistant pédagogique est considéré comme normal.
L'EGOISME ET LE COLONIALISME
Les miettes du colonialisme que récupèrent les Français les amènent à
refuser de connaître les massacres de l'armée française. Nous sommes
dans la même situation que les Allemands en 1942. La majorité d'entre
eux fermaient les yeux sur les camps de la mort. Ils se concentraient
sur leur petit quotidien. C'est ce que font la majorité d'entre nous. Et
cette mauvaise foi ronge l'intérieur, elle empêche la sensibilité à la
souffrance des autres.
VIDEO SI L'AFRIQUE EST LE VIETNAM DE LA FRANCE
Alors, même quand il s'agit de quelqu'un de proche, un copain, un
collègue qui subit, qui est harcelé au travail, qui est menacé de
licenciement... On se tait, on le laisse comme on laisse les Africains
mourir...
LA PLUS GRANDE VICTOIRE DU CAPITALISME: RENDRE EGOISTES
La plus grande victoire du capitalisme est peut être celle là. Avoir
réussi à rendre égoïstes les travailleurs du Nord, à les rendre
insensible à la souffrance des autres.
C'est d'abord pour cela qu'il devient urgent de faire une opération d'altruisme généralisée. Pour
cela, nous n'avons pas d'autre solution que de donner le même salaire à
tout le monde, de rendre les Africains enfin libres en forçant les
troupes françaises à partir, et d'imposer l'entraide entre les élèves
dans les classes.