vendredi 1 septembre 2017

Transformer des profs en auxiliaires, ça s'appelle emplois aidés

Par Julie Amadis
#IpEaVaEaFaF
Le 01/09/2017







Dominique (prénom modifié) a un contrat aidé. Elle a 55 ans et a pu bénéficier de ce contrat aidé d'aide administrative (EVS) dans l'éducation nationale il y a quelques années.

Mais voilà la vie n'est pas toute rose tous les jours avec ce contrat aidé.
L'adjectif "aidé" accolé au mot "contrat" suppose qu'ils ont été crées pour "aider" les personnes embauchées.
Un attrape nigaud !
Une magouille sans nom !

LES CONTRATS "AIDÉS" DANS L’ÉDUCATION NATIONALE = 
DES CONTRATS ULTRA COURTS ET TRÈS MAL PAYÉS


Des contrats ultra précaires (CUI-CAE) qui donnent à peine plus qu'un RSA comme salaire et que le gouvernement Fillon a appelé "emploi aidé".

En France, le contrat unique d'insertion (CUI), en vigueur depuis le 1er janvier 2010, a remplacé l'ensemble des contrats aidés issus du plan de cohésion sociale de 2005 (contrat d'avenir, contrat d'insertion / revenu minimum d'activité, contrat d'accompagnement dans l'emploi, contrat initiative emploi).
Le contrat unique d'insertion se décline toutefois en deux variantes :
  • le contrat d'accompagnement dans l'emploi (CUI-CAE), dans le secteur non marchand (associations, établissements scolaires…) ;
  • le contrat initiative emploi (CUI-CAE), dans le secteur marchand (entreprises…). Wikipédia

Dominique avait plus de 50 ans quand elle a commencé, elle a donc un contrat plus long que ceux qui n'entrent pas dans ce critère d'âge. 60 mois ce n'est pas pour autant énorme comme durée de contrat ! Pourquoi un emploi aidé ne serait-il pas un CDI ?

"Le CUI est passé pour une durée de 12 mois maximum, renouvelables dans la limite de 24 mois. La durée minimale est de 6 mois.. La durée maximale du CUI peut être portée à 60 mois pour les salariés âgés de 50 ans et plus bénéficiaires du revenu de solidarité active, de l'allocation de solidarité spécifique, de l'allocation temporaire d'attente ou de l'allocation aux adultes handicapés ou reconnus travailleurs handicapés. Les services de Pôle Emploi sont seuls compétents pour attribuer ces dérogations. (Code du travail L5134-23-1)."http://blog.juliendelmas.fr/?remuneration-des-aed-avs-aesh

"MARRE D’ÊTRE LA BONICHE DE TOUT LE MONDE"


Dominique travaille dans une école maternelle au Havre.
Elle m'a dit en "avoir marre d'être la boniche de tout le monde".
On lui demande tout à Dominique, de jouer le rôle de la directrice bis (elle appelle régulièrement l'inspection à la place de la directrice ...), d'être celle qui surveille à toutes les récréations pour que les enseignantes aient plus de temps de pause, d'être celle qui fait les photocopies parce que ça permet encore une fois aux enseignantes de gagner du temps...

Elle anime aussi les ateliers des enfants ... donc elle a des fonctions pédagogiques.

Elle m'expliquait être épuisée. A force de permettre aux enseignants et à la directrice d'avoir des pauses supplémentaires, elle, elle n'en a plus...

Elle en a assez qu'on lui donne des ordres tout le temps ...
Les enseignants sont transformés en petits chefs qui ont des sous fifres "emplois aidés" à qui ils donnent des ordres.

825,97 EUROS POUR FAIRE LE TRAVAIL
DES DIRECTEURS D 'ÉCOLE ET DES ENSEIGNANTS


Elle a un salaire de 825.97 euros par mois pour 20 heures de travail. Elle n'a pas d'aide pour le bus (alors que les enseignants en ont une), ni pour payer la cantine, doit se financer une mutuelle (parce qu'elle n'a plus droit à la CMU)... Bref si on fait le calcul des aides auxquelles elle n'a plus le droit, elle a à peine plus qu'un RSA.

C'est tout bénéf pour l’État. Embaucher des gens qui font une partie du travail des directeurs et des enseignants pour l'équivalent de ce que l’État verserait sans contrepartie si ces mêmes personnes étaient restés au chômage !

La vie des sous fifres, les enseignants s'en foutent pas mal.

Quand j'étais assistante pédagogique, je gagnais 534 euros par mois.
Et j'entendais les jérémiades  à longueur de journées de ceux qui avaient le statut de prof fonctionnaire. Et aucun ne me demandait "comment je m'en sortais moi avec mes 534 euros par mois pour vivre".

Dominique vit exactement la même chose. Elle m'explique entendre les enseignantes se plaindre de leur salaire sans jamais s'inquiéter pour elle qui gagne plus de deux fois moins que ses collègues.

Les syndicats on les entend quand on parle de supprimer les emplois aidés parce que leur base sociale, les profs n'auront plus leurs sous fifres pour les aider au quotidien dans l'école.
Mais en ce qui concerne les revendications pour leur titularisation aux mêmes conditions que les enseignants c'est non.
Sur les sites des syndicats, les salaires des personnes en contrat aidé ne sont même pas indiqués. On trouve uniquement les grilles salariales des enseignants en fonction de leur ancienneté et de leurs points. Les personnes qui sont en contrat aidé sont la dernière roue du carrosse.

L’ÉTAT EMBAUCHE AUX RABAIS DES PERSONNES QUI
AURAIENT PU DEVENIR ENSEIGNANTS



Au lieu d'embaucher des enseignants supplémentaires, l’État préfère embaucher des sous fifres pour "aider les enseignants".
Des personnes comme Dominique j'en connais plusieurs, ils sont EVS ou AVS (aide des enfants en situation de handicap).
J'en ai connu aussi beaucoup dans mon travail d'Assistante Pédagogique puis de Professeur des Écoles.
Nombreuses sont ceux qui possèdent les véritables qualités d'un bon enseignant, la patience, l'écoute, l'altruisme, des capacités d'empathie, une débrouillardise et des idées pleins la tête pour transmettre des connaissances et compétences aux enfants dans la joie.
J'ai rencontré plus souvent ces qualités chez des personnes ayant des contrats sous qualifiés comme les contrats aidés que chez les enseignants titulaires.

LA SUPPRESSION DES EMPLOIS DE SOUS FIFRE APPELÉS AIDÉS OUI

A CONDITION D'EMBAUCHER CES MÊMES PERSONNES
COMME ENSEIGNANTS


Pour économiser de l'argent, Macron veut supprimer les emplois aidés du secteur marchand qui coûtent de l'argent à l’État puisque les employeurs perçoivent une aide de l’État.
Mais il ne veut pas trop toucher à ceux qui font gagner de l'argent à l’État.
 L’Éducation Nationale est prioritaire dans la sauvegarde des emplois aidés affirme la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle dans un mail destiné aux préfets.

" Pour les contrats d’accompagnement dans l’emploi (CAE), secteur non-marchand, «les priorités arrêtées portent strictement sur l’outre-mer, l’Éducation nationale, le secteur sanitaire et social»." Libération

CONCLUSION

Dominique arrive à la fin de son contrat et elle redoute ce moment, comme pleins d'autres personnes comme elle.
Dans une société qui se précarise. On accepte toutes les humiliations, tous les contrats précaires parce que c'est toujours mieux que de ne rien avoir, que d'être considéré comme un "assisté" par la société.
Malgré tout, ce qui la motive chaque matin ce sont les enfants, leur affection, leur enthousiasme à vivre et à apprendre.
Le sentiment d'utilité n'a pas de prix. Les gens préfèrent travailler en étant utiles que de rester chez eux à se morfondre même avec un revenu équivalent.
Une fronde se forme pour garantir ses emplois aidés utiles.
Ce n'est pas ces contrats ultra précaires qu'il faut garder, ce sont les personnes qui travaillent. Mais il leur faut un autre poste. Ces personnes ont les qualités requises pour être enseignant,  il faut les former et les embaucher en tant que prof et non sous fifre des enseignants actuels.

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